Municipalité de Saint-Anicet
Culture, Patrimoine 26 octobre 2026
Faire vivre la mémoire. Réfléchir à l’avenir. Le 26 octobre 1813 se déroulait la bataille de la Châteauguay, un épisode de la guerre de 1812 auquel ont participé des combattants canadiens et autochtones. Aujourd’hui, nous en soulignons le 213e anniversaire. Cette commémoration nous invite à regarder à la fois ce que ce lieu nous transmet et ce que nous souhaitons transmettre à notre tour. Notre intention : contribuer à un avenir où la mémoire du lieu demeure au cœur de sa mise en valeur.
Fermez les yeux un instant.
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Vous êtes dans la vallée de la Châteauguay.
Il est tôt le matin, vers la fin d’octobre 1813. L’air est froid et humide. Une brume légère s’accroche encore aux arbres. Sous vos pieds, le sol est mou : la pluie des derniers jours a transformé les chemins en longues pistes de boue, à peine praticables pour les chars à bœufs.
Autour de vous, la forêt s’étend sans fin.
Des érables, des conifères, des fourrés épais, des marais silencieux. Ici et là, une clairière révèle une ferme isolée : une maison de bois, une grange, quelques champs défrichés. Ces terres sont habitées depuis peu par des Loyalistes arrivés vers 1790, par des colons d’origine américaine, et par quelques familles écossaises et irlandaises venues après 1800.
Mais la région n’est pas ce qu’elle deviendra.
Les routes ne sont que des sentiers. La rivière coule paisiblement, bordée de prés naturels et de marécages. Pourtant, cette vallée tranquille est devenue, depuis quelques jours, le chemin d’une invasion.
Les États-Unis sont en guerre contre la Grande-Bretagne depuis le 18 juin 1812. Ils convoitent les colonies britanniques d’Amérique du Nord. En 1813, leur stratégie change : plutôt que de concentrer leurs efforts sur les Grands Lacs, ils veulent frapper au cœur du territoire en s’emparant de Montréal.
Montréal tomberait, et le Haut-Canada serait coupé du Bas-Canada.
À l’automne, une armée américaine commandée par le général Wade Hampton franchit la frontière et remonte la vallée de la Châteauguay. Des milliers d’hommes avancent lentement : soldats réguliers, artilleurs, chariots, chevaux, provisions. Leur objectif est clair : rejoindre Montréal.
Vous entendez, au loin, le bruit sourd d’une colonne en marche.
Des pas dans la boue. Le craquement des charrettes. Des voix dans une langue étrangère. Le vent porte parfois l’odeur du feu de camp, du cuir mouillé et de la poudre.
La peur se propage dans les fermes. Certains habitants ont déjà quitté la région. D’autres regardent la rivière, inquiets, en se demandant ce qui va arriver.
De l’autre côté de la rivière, sur la rive nord, les hommes du lieutenant-colonel Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry travaillent sans relâche.
Dans les jours précédant la bataille, ils renforcent leurs positions. Des arbres sont abattus et disposés pour former des abattis : des obstacles destinés à ralentir l’avancée ennemie. Derrière ces barricades naturelles, de Salaberry organise ses lignes de défense.
Il n’a pas une armée immense.
Il a des Voltigeurs canadiens, des soldats réguliers, des miliciens de Beauharnois et quelques guerriers autochtones. Sur la ligne de front, environ 300 hommes attendent.
Trois cents hommes.
Face à une force bien plus nombreuse.
Mais de Salaberry connaît le terrain. Il sait que la forêt, la rivière, les ravins et les marécages peuvent devenir des alliés. Il sait aussi que l’apparence compte autant que la force : il fait disposer ses hommes de façon à donner l’impression que les défenseurs sont beaucoup plus nombreux qu’ils ne le sont.
Dans les bois, le silence est presque total.
On chuchote. On vérifie les armes. On attend.
Soudain, une détonation déchire le calme.
Puis une autre.
Et une autre encore.
Le 26 octobre 1813, au matin, les premières troupes américaines attaquent les positions canadiennes près du lieu qui deviendra Allan’s Corners.
La fumée s’élève entre les arbres.
Les tirs de mousquet crépitent. Les canons tonnent au loin. Les éclats de bois volent lorsque les balles frappent les abattis. Derrière les retranchements, les défenseurs tiennent leurs positions, tiraillés entre la peur et le devoir.
De Salaberry donne ses ordres en français. Il encourage ses hommes, dirige le feu, se porte lui-même au combat.
Dans la forêt, les cris des guerriers autochtones résonnent entre les arbres. Le clairon sonne. Les Américains croient entendre l’arrivée de renforts. Ils croient faire face à une armée entière.
Ils hésitent.
Ils reculent.
En quelques heures, entre 10 h et 15 h, la ligne tient.
Les troupes de Hampton ne parviennent pas à franchir les défenses. Prises de court, désorientées par le terrain et par la résistance, elles se retirent. L’invasion par la vallée de la Châteauguay est brisée.
Montréal ne sera pas prise.
Le plan américain d’encercler la colonie échoue.
La bataille de la Châteauguay devient l’un des moments décisifs de la guerre de 1812. Quelques centaines de combattants, bien placés, bien commandés et unis dans un même objectif, ont arrêté une armée d’invasion.
Après la bataille, la vallée retrouve peu à peu son silence.
Les fermes se repeuplent. Les chemins se transforment. Les villages apparaissent. La mémoire, elle, demeure.
Deux siècles plus tard, nous marchons sur cette même terre.
Sous ce même ciel.
Et nous nous souvenons que, ici même, dans cette vallée que nous connaissons aujourd’hui, l’histoire du Canada a basculé.
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Deux siècles plus tard, nous marchons sur cette même terre.
Sous ce même ciel.
Et nous nous souvenons que, ici même, dans cette vallée que nous connaissons aujourd’hui, l’histoire du Canada a basculé.
213 ans plus tard, ce lieu demeure bien plus que le témoin d’une bataille. Il porte une histoire qui a marqué notre territoire et contribué à façonner notre identité collective. Aujourd’hui, la MRC du Haut-Saint-Laurent souhaite à la fois préserver cette mémoire et réfléchir à l’avenir de ce lieu historique national. Comment continuer à transmettre son histoire? Comment préserver ce qui lui confère sa valeur historique et patrimoniale? Et comment lui donner une nouvelle vie qui soit porteuse de sens pour notre territoire et les générations à venir? C’est tout l’enjeu de la démarche de réinvention actuellement portée par la MRC.
« Ce lieu nous invite à une double responsabilité : transmettre son histoire avec justesse et réfléchir à son avenir avec sérieux. Nous souhaitons aborder cette démarche avec ambition, mais aussi avec respect, écoute et rigueur, afin que sa mise en valeur demeure profondément ancrée dans notre territoire. »
- Yves Métras, préfet de la MRC du Haut-Saint-Laurent
Note : le texte immersif a été rédigé à l'interne pour permettre aux lecteurs de revivre l'événement. Il est inspiré entre autres, d'un texte de Luc de Tremmerie rédigé pour le bicentenaire du Lieu historique national de la Bataille-de-la-Châteauguay, du contenu disponible sur les sites de source fiable (gouvernement, recherche, commémoration, notamment celui de Parcs Canada) et a été relu par l'intelligence artificielle avec la requête de vérifier la véracité du contenu.